Le contexte : pourquoi ce sujet s'impose en 2027
Les droits de succession rapportent environ 16,6 milliards d'euros par an à l'État français. Ce chiffre devrait augmenter fortement dans les prochaines décennies : on estime que 9 000 milliards d'euros de patrimoine seront transmis dans les 15 prochaines années, au rythme des décès de la génération du baby-boom.
La France maintient depuis 2007 un régime stable : exonération totale pour le conjoint et le partenaire de PACS, abattement de 100 000 € par enfant rechargeable tous les 15 ans, et un barème progressif de 5 % à 45 % en ligne directe. Aucune réforme majeure n'a eu lieu sous Macron — mais la question revient à chaque campagne et 2027 ne fait pas exception.
Tableau comparatif — toutes les positions
| Candidat · Parti | Orientation | Mesure principale | Statut |
|---|---|---|---|
Jean-Luc Mélenchon France Insoumise (LFI) |
↑↑ Forte hausse | Plafond de 12 M€ transmis sur une vie entière — au-delà, l'État prend tout. Barème progressif cumulatif (toutes donations + successions sommées sur la vie) | Candidat déclaré |
Raphaël Glucksmann Place Publique / PS |
↑ Hausse ciblée | Taxer fortement les méga-héritages du top 1 % · Objectif : 15 Md€/an · « 99 % des successions ne seront pas touchées » | Candidat déclaré |
Marie Tondelier Les Écologistes |
↑ Hausse ciblée | +10 % sur part >4 M€ · +10 % supplémentaires >13 M€ · Réduction Dutreil 75 % → 50 % · Suppression avantages démembrement · 15 Md€/an attendus | Candidate déclarée |
Olivier Faure Parti Socialiste |
↑ Hausse | Augmenter la fiscalité des héritages, jugée socialement juste pour réduire les inégalités patrimoniales intergénérationnelles | Position du parti |
Fabien Roussel PCF |
↑ Hausse progressive | Doubler le nombre de tranches selon valeur transmise + capacité héritiers · Abattement maintenu à 170 000 € · Supprimer toutes les niches fiscales profitant aux grandes fortunes | Position du parti |
Gabriel Attal Renaissance |
→ Légère baisse | Faciliter la circulation du patrimoine · Moins taxer les transmissions aux petits-enfants · Réduire la fiscalité des acquisitions immobilières des jeunes | À préciser |
Édouard Philippe Horizons |
↓ Baisse | Augmenter « massivement » les plafonds de donations du vivant dès les 3 premières années · « Transmettre plus tôt et plus vite » | Candidat potentiel |
Bruno Retailleau Les Républicains (LR) |
↓ Baisse | « Choc de transmission » : dons familiaux 150 000 € pour les <30 ans · 100 000 € pour les <40 ans (vs 31 865 € actuel) · Applicable à l'immobilier | Candidat déclaré |
David Lisnard Indépendant / Libre |
↓ Baisse | Alléger la fiscalité sur la transmission du patrimoine familial · Faciliter la transmission de la résidence principale · « L'État n'a pas vocation à s'approprier le fruit d'une vie de travail » | Candidat potentiel |
Marine Le Pen / Jordan Bardella Rassemblement National (RN) |
↓↓ Forte baisse | Supprimer les droits de succession en ligne directe pour classes modestes/moyennes · Exonération immobilier <300 k€ · Donations portées à 100 k€/10 ans (vs 15 ans) | Programme 2024–2027 |
Éric Zemmour Reconquête |
↓↓ Forte baisse | Exonération de 200 000 € par enfant à chaque décès · Dons familiaux 200 000 €/10 ans sans impôt · « 95 % des familles françaises ne paieraient plus rien » | Programme 2022 reconduit |
Les deux grandes lignes de fracture
🔴 Pour une hausse de la fiscalité successorale (gauche et écologistes)
LFI, Place Publique, Écologistes, PS, PCF s'accordent sur un constat : les héritages sont devenus le principal mécanisme de reproduction des inégalités économiques. La rente successorale dépasserait la mobilité sociale par le travail. Leurs propositions diffèrent en intensité — du plafond strict à 12 M€ de LFI à la surtaxe ciblée top 1 % de Glucksmann — mais convergent sur l'objectif de lever entre 15 et 20 Md€ supplémentaires par an.
🟢 Pour une baisse de la fiscalité successorale (droite et extrême droite)
LR, Horizons, Renaissance, RN, Reconquête mettent en avant la nécessité de faciliter la transmission du patrimoine familial — immobilier en particulier — à des enfants qui ne pourraient pas autrement s'installer ou acheter un logement. Leurs propositions vont du relèvement des plafonds de donation (Retailleau, Philippe) à la suppression quasi-totale des droits en ligne directe (RN, Zemmour). Tous s'opposent à toute hausse.
Fiches détaillées par candidat
Jean-Luc Mélenchon
- Plafond de 12 millions d'euros de patrimoine transmis cumulé sur l'ensemble d'une vie (toutes successions + donations sommées)
- Au-delà du plafond, l'État reprend la totalité du patrimoine transmis (formule : « on prend tout »)
- Barème progressif appliqué sur une base vie entière : chaque transmission est comptabilisée, les abattements ne se rechargent pas
- Objectif politique : mettre fin à la « reproduction dynastique » des grandes fortunes
Raphaël Glucksmann
- Taxer fortement les méga-héritages du top 1 % des héritiers
- Objectif de recette : 15 milliards d'euros par an supplémentaires
- Ces ressources seraient affectées à la baisse des cotisations salariales — un « échange fiscal » ciblant le financement du travail
- Engagement explicite : « 99 % des successions ne seront pas touchées »
Marie Tondelier
- Contribution supplémentaire de +10 % sur la part nette >4 M€
- +10 % additionnels sur la part >13 M€ (soit +20 % au total au-delà de ce seuil)
- Réduction de la réduction Dutreil de 75 % à 50 % (transmission d'entreprises familiales)
- Suppression des avantages fiscaux liés au démembrement de propriété (usufruit / nue-propriété)
- Recettes attendues : 15 milliards d'euros par an
Bruno Retailleau
- « Choc de transmission » sur les 3 premières années du quinquennat
- Abattement exceptionnel sur les dons familiaux : 150 000 € pour les moins de 30 ans
- 100 000 € pour les moins de 40 ans (contre 31 865 € pour les dons aux enfants actuellement)
- Mesure applicable à l'immobilier — ciblage explicite des primo-accédants jeunes
- Déclaration : « Je serai le président qui baisse les droits de succession, pas celui qui les augmente »
David Lisnard
- Position libérale assumée : « L'État n'a pas vocation à s'approprier le fruit d'une vie de travail »
- Favorable à un allégement significatif de la fiscalité sur la transmission du patrimoine familial, en particulier la résidence principale
- Défenseur de la liberté des familles à transmettre leur patrimoine sans dépendance excessive à l'État
- Critique des barèmes successoraux pour les classes moyennes et les artisans, commerçants, agriculteurs qui transmettent un outil de travail ou un bien immobilier constitué sur une vie entière
- Dans le cadre de son programme « France Libre », plaide pour une réduction globale de la pression fiscale, dont la fiscalité successorale fait partie
Édouard Philippe
- Augmenter « massivement » les plafonds de donations du vivant dès les 3 premières années du quinquennat
- Objectif : « transmettre plus tôt et plus vite » aux enfants et petits-enfants
- Opposition frontale aux propositions de hausse : « En désaccord fondamental avec l'idée d'augmenter la fiscalité successorale »
- Logique d'aide à la jeunesse via l'anticipation des transmissions — réorientation vers l'immobilier et les projets des jeunes
Gabriel Attal
- Faire circuler l'argent « plus rapidement » dans les familles
- Permettre aux petits-enfants d'hériter davantage et moins taxés
- Cibler en priorité les jeunes primo-accédants à l'immobilier (apport facilité par donations)
- Inscrire une « règle d'or » budgétaire en Constitution : aucune hausse d'impôt sur les ménages
Marine Le Pen / Jordan Bardella
- Supprimer les droits de succession en ligne directe pour les familles modestes et la classe moyenne
- Exonération totale pour la transmission d'un bien immobilier inférieur à 300 000 €
- Plafond de donations porté à 100 000 € par période de 10 ans (contre 15 ans actuellement et 100 000 € par parent-enfant en succession)
- Objectif affiché : permettre à une famille ordinaire de transmettre sa maison sans payer de droits
Éric Zemmour
- Exonération de droits de succession et de donation à hauteur de 200 000 € par enfant au décès du parent
- Donations familiales portées à 200 000 € par période de 10 ans, sans impôt
- Objectif affiché : « 95 % des familles françaises ne paieraient plus rien »
- Exonération totale des transmissions d'entreprises familiales entre générations
Fabien Roussel
- Doubler le nombre de tranches d'imposition, basées sur deux critères : valeur du patrimoine transmis et capacité financière des héritiers
- Abattement maintenu à 170 000 € — pour ne pas toucher les héritages modestes
- Supprimer toutes les niches fiscales bénéficiant aux grandes fortunes (Dutreil, démembrement, assurance-vie haut de gamme)
- Éliminer les « dispositifs permettant aux entreprises d'éviter la taxation du capital »
Rappel historique : les réformes sous les présidents précédents
2007 — Nicolas Sarkozy : loi TEPA (la grande réforme)
La réforme la plus importante depuis des décennies : exonération totale du conjoint et partenaire de PACS, abattement porté à 150 000 € par enfant, réductions d'ISF. Coût fiscal estimé à l'époque à 2,5–3 Md€/an. Cette loi a défini le régime actuel.
2012–2017 — François Hollande : le délai allongé
Allongement du délai de rappel fiscal des donations de 10 à 15 ans (2012), ce qui a réduit la capacité de recharger l'abattement. Réduction de l'abattement de 159 000 € à 100 000 € par enfant. Augmentation des tranches hautes du barème. Pas de réforme structurelle majeure.
2017–2027 — Emmanuel Macron : statu quo assumé
Aucune réforme des droits de succession sous Macron — malgré deux rapports parlementaires (2019, 2021) favorables à une révision, et un rapport de France Stratégie recommandant de taxer davantage les gros patrimoines. La question revient à chaque budget mais le sujet reste politiquement bloqué. En 2026, Yaël Braun-Pivet (Renaissance) s'est déclarée favorable à une taxation des « super-héritages » — illustrant les divisions internes au camp présidentiel.
2026 — Le contexte actuel
Abattement à 100 000 €/enfant, barème 5–45 %, délai 15 ans : ces paramètres sont inchangés depuis 2012. La France est l'un des pays où la fiscalité successorale est la plus élevée en Europe, mais aussi l'un de ceux où les niches sont les plus larges (Dutreil, assurance-vie, démembrement).
Questions fréquentes
Quel candidat veut supprimer les droits de succession ?
Le Rassemblement National propose de supprimer les droits de succession en ligne directe pour les familles modestes et la classe moyenne, avec une exonération totale pour l'immobilier jusqu'à 300 000 €. Reconquête (Éric Zemmour) propose une exonération de 200 000 € par enfant, ce qui couvrirait selon lui 95 % des familles françaises. Ces deux formations vont le plus loin dans la baisse, mais ne proposent pas une suppression totale et universelle.
Qui veut augmenter les droits de succession en 2027 ?
La France Insoumise (Jean-Luc Mélenchon) propose un plafond à 12 millions d'euros de patrimoine transmis sur une vie entière, au-delà duquel l'État prend la totalité. Place Publique (Raphaël Glucksmann) veut taxer plus lourdement les méga-héritages du top 1 %, pour générer 15 milliards d'euros par an. Les Écologistes (Marie Tondelier) proposent une contribution supplémentaire de 10 % au-delà de 4 millions d'euros et de 20 % supplémentaires au-delà de 13 millions. Le PS et le PCF soutiennent également une hausse de la fiscalité des héritages.
Qu'est-ce que la règle des 15 ans pour les donations ?
Actuellement, les donations consenties il y a plus de 15 ans ne sont plus réintégrées dans l'actif successoral au décès. Cela signifie que l'abattement de 100 000 € par enfant se recharge tous les 15 ans. Un parent peut ainsi donner 100 000 € à son enfant, puis le même montant 15 ans plus tard, sans payer de droits. LR (Retailleau) et Horizons (Philippe) proposent de réduire ce délai ou d'augmenter les montants exonérés pour faciliter les transmissions anticipées. LFI au contraire souhaite un barème cumulatif sur toute la vie qui rendrait ce délai sans effet.
Combien rapportent les droits de succession à l'État ?
Les droits de succession et de donation rapportent environ 16,6 milliards d'euros par an à l'État français (2025). Ce montant devrait augmenter considérablement dans les prochaines années : on estime que 9 000 milliards d'euros de patrimoine seront transmis en France dans les 15 prochaines années, au rythme des décès de la génération du baby-boom. Les propositions de gauche visent à capter entre 15 et 20 Md€ supplémentaires ; les propositions de droite réduiraient cette recette de plusieurs milliards d'euros.
Quel est l'abattement sur les droits de succession actuellement ?
En 2026, l'abattement en ligne directe (parent → enfant) est de 100 000 € par enfant et par parent. Il se recharge tous les 15 ans. Le conjoint et le partenaire de PACS sont totalement exonérés depuis 2007. Le barème en ligne directe va de 5 % (part nette inférieure à 8 072 €) à 45 % (au-delà de 1 805 677 €). Entre frères et sœurs, le taux est de 35 à 45 %, et entre personnes non parentes, de 60 %.